C’est devant un océan bleu de septembre que j’ai reçu la proposition d’emploi de Recursyve. Alex, un ancien collègue d’université, m’a officiellement offert un poste de coordonnatrice marketing, après plusieurs mois à en discuter. Côté carrière, c’était exactement ce que je recherchais. Un poste de coordination qui m’offrait également une grande liberté d’action auprès d’une équipe fraîchement diplômée avec un million d’idées débordantes. Tout cela au sein d’une jeune startup démarrée depuis déjà 2 ans et qui faisait déjà ses preuves dans le monde de l’innovation technologique.

Étant expatriée dans ma famille en France, je me projetais déjà en train de travailler sur le marketing de Recursyve pendant un dîner dans les calanques. Jouer avec un horaire parfaitement flexible, travailler sur le bord de la mer et recevoir un salaire assuré, c’était l’un de mes plus vieux rêves. Lorsque Recursyve m’a accueilli officiellement au sein de son équipe, je me voyais déjà gonflée à bloc d’une motivation inébranlable, entre deux randonnées sous un soleil à 34 degrés Celsius. C’est sur cette image que je m’engageai officiellement au sein de l’entreprise.

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Mon intégration et mes débuts chez Recursyve

C’est donc à l’étranger que mon processus d’embauche s’est déroulé entièrement à distance. Après avoir rempli le contrat et toutes les autres formalités, Alex, mon supérieur immédiat, a d’abord entamé le processus d’intégration des membres de l’équipe. Première étape : les formations sur l’entreprise, ses activités ainsi que la présentation de l’équipe. Ces premières formations étaient essentielles afin que je comprenne mieux la dynamique de Recursyve. Le début d’un travail a toujours été excitant et énergisant pour moi. Connaître le rôle de chaque personne au sein de l’équipe m’a donné une motivation de plus. Cependant, il est difficile en visioconférence d’apprendre à connaître ses collègues sur un autre plan que leurs tâches hebdomadaires. Une part de mon travail qui m’est essentiel habituellement, c’est le plaisir de retrouver l’équipe le matin, rire des “running gags” entre deux réunions et commander au restaurant du coin pour dix personnes trois fois par semaine. Bref, les habituelles blagues devant la machine à café et les commandes de dîners de groupes qui encouragent les échanges et les contacts humains au-delà du professionnel me manquaient.

Les deux premières semaines se sont bien déroulées, pleines de nouveautés et de rencontres. Je remarquais cependant que j’avais de la difficulté à bien saisir la dynamique d’équipe, leur façon de travailler ensemble et que je ne connaissais vraiment aucun membre de Recursyve. L’ouverture d'Alex sur le sujet m’a aidé à passer cette insécurité : il m’a alors donné une dernière formation sur chaque membre de l’équipe, mais de façon plus personnelle. J’ai éliminé certaines insécurités avec plusieurs nouvelles méthodes.

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C’est également à ce moment-là que nous avons instauré une rencontre hebdomadaire avec toute l’équipe administrative. Ces rencontres se sont précisées avec le temps, mais c’est ainsi que j’ai mieux compris le quotidien des autres membres de l’équipe. Après quelques ajustements techniques afin d’optimiser l'audio et vidéo, ces rencontres se sont également avérées les meilleurs moments pour comprendre la dynamique professionnelle et interpersonnelle de ma nouvelle équipe. Cela tombait bien qu’Alex soit également la seule personne que je connaissais bien en dehors du travail. Son ouverture par rapport à mes inquiétudes a énormément aidé le processus d’intégration : je pouvais poser toutes mes questions et il me répondait à toutes heures.

Après le premier mois de travail à distance, je pris tout de même conscience que le télétravail n’allait pas être aussi facile que je ne l’imaginais. Déjà pendant ce premier mois plusieurs problèmes de connexion LTE ou WIFI et de batterie déchargée sont survenus. C’est sur une plage magnifique près de ma maison, avec un soleil de 33 degrés Celsius, que j’ai réalisé que travailler “n’importe où” n’était pas nécessairement le bonheur que j’imaginais. Entre le soleil qui réchauffait mon ordinateur portable en vidant au passage sa batterie à vitesse grand V et l’insécurité d’avoir une seule barre de LTE à exactement 3 mètres 41 cm du troisième palmier pour ma rencontre hebdomadaire, j’ai compris que je n’étais absolument pas organisée pour faire du télétravail.

C’est cette même journée que je fis le résumé de la situation : ma première erreur a été de ne pas anticiper ces situations problématiques et ma deuxième de ne pas avoir fait les compromis afin de ne pas me retrouver dans ces situations. Voici une liste d’éléments primordiaux pour le télétravail en mode expat :

  • Trouver un endroit avec WIFI ou LTE assuré à l’avance
  • Avoir un forfait LTE presque illimité
  • Avoir tout le matériel nécessaire pour travailler et pour les réunions;
  • Fils électroniques
  • Adaptateur pour prise de courant
  • Casque d’écoute
  • Batterie pack
  • Chargeurs pour tout
  • Apporter le matériel en toutes circonstances en cas d’urgence

Depuis ce jour, je ne suis jamais sortie une journée de semaine sans mon équipement intégral, même si je n’ai pas prévu travailler.

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Le dilemme ultime : la solitude du télétravail

Suite à cette journée, le dilemme de la solitude apparu réellement dans mon travail. Je trouvais cela de plus en plus difficile de travailler seule devant mon ordinateur tous les jours à la place d’une activité en famille en plein air. Ce n’était pas le travail en soi que je trouvais dur, c’était la solitude que je n’avais jamais ressenti auparavant. Travailler toute la journée au bureau entourée de ses collègues est bien différent.

Étant personnellement une “bête sociale” s’énergisant d’échanges sociaux, la solitude empiétait vicieusement sur mon moral. Le décalage horaire de 6 heures n’aidait en rien, c’est un “décalage de vie” que je ressentais. Je me sentais fréquemment dans un monde différent de celui de mes collègues au bureau. Que ce soit en voyage ou en tant qu’expatrié, ce « décalage de vie » apparaît d’une façon ou d’une autre. Habiter sur un autre continent, vivre un décalage horaire et ne jamais avoir de contact en personne avec ses collègues amène inévitablement une distance. Après mon premier mois de travail chez Recursyve, le manque d’interactions sociales est devenu mon principal défi. Je ressentais de plus en plus d’anxiété et de stress récurrent au fil des semaines. Je réalisais que travailler à distance sur mon ordinateur était très différent de ce que j’imaginais : cette motivation inébranlable faisait défaut de plus en plus souvent. J’avais sous-estimé le travail, qui finalement s'avère beaucoup plus solitaire que ce que j’avais anticipé.

null À la septième semaine, des frustrations de mon côté comme celui d’Alex sont devenues de plus en plus fréquentes. Rien de dramatique, mais assez récurrent. Il fallait qu’on aborde le sujet mais non sans appréhension. J’avais une grande crainte de lui expliquer mes émotions qui n’avait rien à voir avec le travail ou l’équipe en tant que tel. Autant que j’aimais mon travail, il fallait travailler sur la distance que je ressentais et sur les méthodes de communication qui amenaient du stress des deux côtés.

C’est alors qu’Alex est intervenu juste au bon moment. Il avait lui aussi remarqué une baisse de motivation et une anxiété grandissante de ma part. Il endossa la tâche d’ouvrir la conversation. Lui parler librement de ce sentiment de décalage ainsi que de l’anxiété que m'emmenaient certaines situations nous a permis d’ajuster nos moyens de communication pour le mieux. La franchise doublée de la réceptivité d’Alex par rapport à mes émotions nous a permis d’atténuer les frustrations des deux côtés et de travailler ensemble. Un truc que nous avons trouvé est d’organiser plusieurs réunions de brainstorming aux heures qui me conviennent le mieux. Cela nous permet encore aujourd’hui de rester en contact et d’atténuer mon sentiment de solitude.

Au fil des semaines, plusieurs autres initiatives ont été développées du côté du département de Talent & culture et instaurés de façon plus récurrente. Par exemple une rencontre de début de semaine unissant l’équipe pour autre chose qu’une discussion professionnelle. Des 5@7 virtuels et des dîners d’équipe virtuels ont également été mis en place. Ces initiatives me permettent de garder la motivation à m’installer à mon ordinateur entre deux sorties en forêt.

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En résumé, faire du télétravail n’importe où et n’importe quand est avantageux sur beaucoup d’aspects, mais l’aspect d’être entouré n’en fait pas partie à prime abord. Comme mentionné précédemment, les échanges sociaux du bureau ne font pas partie du quotidien du télétravail. Se préparer à ce sentiment de solitude et l’accueillir positivement ont fait partie de mon adaptation à ce nouveau mode de vie.

Le télétravail, mon quotidien encore aujourd'hui

Vivant aujourd'hui à Victoria en Colombie-Britannique, j’utilise aujourd’hui plusieurs méthodes pour contrer la solitude et j’en découvre encore de nouvelles. Par exemple, j’ai un espace à la maison spécialement conçu pour le travail, et uniquement le travail. Ce coin m’aide à différencier le travail de ma vie personnelle. Lorsque je m’installe le matin devant mon écran avec mon café, je passe facilement en mode « travail ».

Habitant cependant avec plusieurs colocs, un coin de travail ne suffit pas toujours. Lorsqu’il y a trop de divertissement à la maison, je sors de chez moi pour aller à mon autre endroit de travail préféré : un café semi-fancy avec une excellente connexion WIFI gratuite. Ça me sauve plusieurs heures productives. Pendant le confinement total, même être sur mon balcon dehors pouvait marcher.

Il y a évidemment encore des défis au quotidien et un milieu de travail ne pourra jamais être parfait. Cependant, les frustrations du télétravail peuvent être atténuées avec les bons outils.

La communication est le premier.

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